•  J’ai cheminé et je chemine encore au centre de ma fournaise

     Observé mes émotions et les chemins qu’elles prennent, leurs sources aussi.

     J’ai étiré les valeurs qui m’habitaient comme des élastiques.

     Et quand tu étires, il finit par ne plus rien rester

     Tu ne vois plus que des espaces clairs et vides.

     Comme ces « jours » entre les lettres que je suis en train d’écrire, j’ai compris que la vérité était là, dans ce vide ou ce silence.

     Peut-être as-tu ressenti quelque chose comme cela ?

     


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  •  La femme qui a son petit enfant tout près d’elle, même celle qui savait dormir d’un sommeil si profond que sa nuit lui paraissait tomber au fond d’un puits, cette femme-là ouvrait les yeux au moindre murmure de son enfant, et si par malheur une nuit, la fièvre le prenait, elle le sentait et ses yeux s’ouvraient par eux-mêmes, le lien avec son enfant ne laissait pas de place aux mauvaises surprises.

    Il ne s’agit point d’un désir, ni celui de grandir, ni celui d’être meilleur, ni celui de marcher vers la lumière, ni celui de perfection, c’est d’instinct qu’il s’agit, l’instinct seul peut nous relier à ce monde dans la qualité et la simplicité.

     


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  •  J’ai dit que les églises étaient faites

     Pour accueillir un dieu

     Qui n’a pas trouvé de place

     Dans le cœur de l’homme.

     Ce qui signifie aussi,

     Qu’en construisant ses églises,

     L’homme fait l’aveu depuis deux mille ans

     Qu’il n’était point question qu’il prête son cœur à dieu,

     Que celui-ci pouvait bien coucher dehors.

     


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  •   Parlez-moi de votre enfance...

     Quel âge avait-il ? Douze ans ? Peut-être moins. Ce n’était pas la première fois que cette sensation vibrait en lui. Il ne se souvenait pas de la première fois. « Cela » remontait sans doute à tant d’années qu’il ne pouvait se souvenir. Peut-être que « cela » avait toujours été là. Quelques images embrumées parfois se présentaient à son esprit. Comme la chanson d’un vieux seau en fer, dont il ne restait plus que l’anse rouillée, qu’un nœud de corde retenait dans son étreinte, au-dessus de la bouche édentée d’un vieux puits de pierre, qui n’abreuvait plus qu’un cimetière de souvenirs. Comme cette lumière étourdissante, qui l’obligeait à regarder le sol, non pas pour y chercher un quelconque objet, mais parce qu’il ne pouvait faire autre chose que de s’incliner. Ses yeux ne savaient la défier, il l’aimait cette blancheur, mais ne pouvait la supporter longtemps, alors il passait sa petite enfance ses yeux pointés vers cette terre jaune et sèche. Les grandes personnes qui le voyaient, pensaient sans doute : « mais qu’est-ce qu’il a cet enfant ? Est-il malade ? Pourquoi ne nous regarde-t-il pas ? ». Et il ne comprenait pas que cette chaleur étouffante de clarté ne semblait que le gêner lui.

    Tant d’heures passées à contempler la terre, les pierres ou les petites bêtes livrées à leurs occupations. Ces insectes, qui dans leurs courses incessantes menaient leurs chasses, faisaient leurs commissions, construisaient leurs demeures. C’est ainsi sans doute que se dessinèrent les premières lignes d’une portée où les notes d’une symphonie naturelle n’étaient audibles que par lui. Tout son corps, dans ces moments-là était une oreille. Le chant de la terre, il l’entendait dans son esprit bien sûr, mais aussi dans sa chair, dans ses organes, la mélodie courait dans ses artères et traversait l’épaisseur de ses os et s’endormait dans la moelle. Pendant qu’il écoutait le « chant », les « autres », ceux qui vivaient autour de lui, qui traversaient la cour, venaient rendre visite à ses parents, déambulaient dans la rue derrière le grand mur blanc, enfin tout ce qui produit le tumulte de la vie d’une maison, d’un village et d’une cité, les autres, ils n’existaient plus.

    Il ne les entendait pas. Une fois sa mère voulut lui parler, le sortir de ce silence particulier et mystérieux, elle lui dit : « mais qu’est-ce que tu fais mon petit, à quoi t’amuses-tu donc ? », il lui répondit sans détourner son regard, avec un ton ordinaire, comme un enfant qui dirait tout simplement : « mais tu vois bien maman, je joue avec ma voiture ! », il lui répondit « je parle avec ma mère… ». Et sa maman resta bouche bée, pas rassurée du tout, pensant en elle-même « mais qu’est-ce qu’il est bizarre mon enfant ! ».

    Les bruits, ceux du monde des humains, les chansons sur leurs lèvres, il ne voulait pas les entendre. C’est pourquoi il se laissait glisser dans sa bulle. Là où les chants qui s’adressaient à lui l’entraînaient. Il les suivait comme le chien poursuit une odeur la truffe en l’air ou rasant le sol. La mélodie souvent prenait une forme de message verbal, composé de mots et parfois des images aussi. Pourquoi ne pouvait-il pas leur accorder sa confiance à ces gens, ses proches ?

    Sans doute parce que la musique de leurs mots et celle de leurs gestes sonnaient faux. Celle qui était devenue sa « vraie mère » venait à lui chaque jour pour le mettre en garde. Il avait cinq ans maintenant, et souvent on l’apercevait assis à même le sol, dans une de ces positions que les enfants aiment adopter, en tailleur, les paumes posées en une caresse sur la terre. La présence de sa « mère » ne le quittait plus, et lorsqu’il se tenait debout, marchant dans la cour de la maison ou vers l’école, il la sentait monter en lui par les pieds. Il en était tout ému. Sa façon de marcher avait changé, il ne voulait plus taper le sol, alors il mettait toute son attention dans chacun de ses pas et chacun de ses pas était devenu mot d’amour. Que lui disait-elle sa « mère » ? Oh, elle lui racontait des histoires du passé, mais aussi des histoires du présent et sûrement des histoires de tous les autres temps, des temps à venir et des temps qui ne viendraient pas. Mais surtout, elle lui rappelait de se méfier de ce que les grandes personnes disaient. Qu’elles ne savaient pas de quoi elles parlaient, que cela faisait bien longtemps qu’elles ne l’entendaient plus.

    Alors, les grandes personnes le regardaient étrangement. Celles de son foyer, celles des institutions, et celles qui traversaient occasionnellement les couloirs, sous le toit de la maison parentale. L’enfant de sept ans murmurait des phrases incompréhensibles. Tantôt, il parlait comme pour lui-même, le menton et la bouche enfoncés dans le col de son tricot, et les sons se perdaient entre sa peau et ses vêtements. Tantôt, comme s’il surgissait d’un sommeil profond, d’un rêve, il se mettait à scander des sentences qui tombaient comme plâtre au plafond, sous des yeux ébahis et devant des gorges serrées, à la limite de l’étouffement, tant l’effet d’étonnement et d’indignation était brusque. Il s’insurgeait contre des paroles creuses et arrogantes telles que : « l’animal n’a pas d’âme te dis-je ! ». Et c’était tel oncle qui le disait à sa femme. Ou encore : « la terre appartient à l’homme qui est supérieur à toute autre espèce » disait son père à l’assemblée familiale.

    Lui, fâché, ne pouvait continuer de se taire, sa « verdoyante mère » lui avait expliqué que tout cela était faux, non seulement faux, mais dangereusement fou.

    Dans son petit esprit d’enfant, il lui semblait résister contre des envahisseurs. Oui, les adultes voulaient s’en prendre à sa « mère », quelle nouvelle guerre était en train de se préparer ? Sa « douce mère » lui avait murmuré pendant qu’il contemplait le soleil rouge et énorme à l’horizon : « ils vont me détruire un jour…dis-leurs, je t’en prie ».

    Travailler à l’école était chose difficile, non seulement parce qu’il ne comprenait pas à quoi cela pouvait bien servir, mais parce que, par la fenêtre, sa « mère » continuait de lui parler. Un nuage, un mouvement d’air, les branches des arbres qui murmuraient à ses oreilles, des oiseaux qui se posaient tout près du carreau, l’invitaient par leurs jeux, à venir les rejoindre. La nature s’insinuait toujours, aucune porte, aucun verrou ne pouvait lui barrer le passage. Elle venait le chercher, veillait à ce que jamais, il ne laisse s’endormir en lui le « chant » maternel. Toute la journée, il attendait l’heure où il sortirait de ces murs. Pour lui, les murs étaient toujours élevés autour de zones mortes. L’homme s’isolait, se défendait, interdisait la vérité de l’air d’envahir ses espaces. Tout espace clôt était fatalement corrompu, irrespirable. Il ne sentait pas la vie courir dans les ruelles, monter les escaliers. Il posait sa joue, sa bouche, son nez ou ses mains à la façon des amérindiens qui écoutaient le sol pour connaître la présence des troupeaux de bisons, il les posait contre les murs, les meubles, sur tous les objets faits par la main de l’homme, dans une volonté de toucher le « dedans », de pénétrer la matière, et plus loin encore, l’intention qui l’habitait. Et jamais il ne rencontra la vie telle qu’il la voyait lors de ses incursions en milieu sauvage. Il avait la maturité maintenant pour s’éclipser, pour sauter par-dessus les barrières, les clôtures et pour franchir les distances que bien peu d’enfants de son âge osent traverser. Il se retrouvait dans les bois, immergé dans la vie des plantes et des animaux. Là, les odeurs de la terre et des mousses, les troncs des arbres contre lesquels il se reposait et méditait. Les animaux qu’il observait durant des heures sans connaître de lassitude. Là tout était vivant, et il avait neuf ans.

     


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  •  Être et non-être, pour toi, cela s’oppose-t-il ?

     

    Drôle d’idée, il n’y a que pour la cervelle que l’opposition existe, c’est elle qui la crée.

     

    Mais ne parles-tu pas en ces mots du non-être en disant ce qu’il n’est pas, qu’il n’est pas l’humilité ?

     

    Non, tu fais erreur en pensant que je parle de ce qu’il n’est pas, je parle bien de ce qu’il est. Lorsqu’on parle d’une ombre, tout le monde pense que l’on parle de l’objet qui est entre le soleil et l’ombre, ou que l’on parle du soleil lui-même, l’esprit humain ne peut comprendre que l’on parle de l’ombre.

     Le non-être ne peut se toucher, c’est lui qui nous touche. Une force le tient à distance, elle s’appelle la volonté. Une autre force l’invite, elle s’appelle l’intention. Mais ce mot là : « intention », dans ce contexte, ne possède aucune définition, dans aucun dictionnaire.

     


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