• Ce quelque chose qui se trouve autour de nous, que j’ai appelé « environnement » par simplicité, produit ce que nous sommes matériellement, « mon corps », « ma chair », cette matière produit « ma pensée », c’est bien parce que nous ne voulons pas voir notre rapport à notre environnement que nous préférons imaginer, un dieu : « Parce que, quoi ? La pierre, l’arbre, l’océan, la terre seraient mes parents directs ? Non, je suis un enfant de Dieu, comme le disent les paroles inscrites dans l’argile. Je suis construit à partir de l’argile parce que Dieu avait besoin d’une matière brute, mais il a insufflé son énergie vitale qui fait de moi un être quasi divin ».

    Cette déviation de l’interprétation est aussi ancienne que notre espèce, elle provient d’un refus inconscient de connaître ce lien de parenté que l’homme (comme tout le vivant) a avec la planète.

    Je peux admettre intellectuellement, ce lien, peut-être même que je peux en voir quelques manifestations, sans parvenir à voir « comment » et « à quel moment », cela reste une dimension abstraite.

    Cette dimension abstraite, non pas philosophiquement abstraite, non pas religieusement abstraite, mais « sensitivement » abstraite, je ne peux pas réellement la soupçonner par mes propres moyens, c’est elle qui se soupçonne en moi.

    Il nous faut tout replacer dans un nouveau cadre. Au moment où je dis : « Je sens, je pense, je veux, etc. », ce « je » n’existe pas tel que je le crois. Il existe, mais pas tel que je le comprends.

    Que comprenons-nous de ce « je » ?

     

    Nous y plaçons tout ce que nous imaginons être notre énergie, notre volonté, notre conscience, notre invention, notre imagination. Mais, au-delà de cette barrière, l’imagination, l’invention, la volonté, la compréhension, n’existent pas, la perception non plus. Je ne suis qu’une ombre chinoise sur un drap et j’essaie de comprendre ce qu’est cette ombre chinoise.

    À partir de là, toutes pensées relatives à un système anticapitaliste, toutes les visualisations dites « de gauche » concernant une société, une entreprise, une politique, une cité, un groupe familial ne sont pas sorties de moi, bien que cela sorte de moi, quand je le dis (rires).

    C’est un événement unique et extraordinaire parce que cette quantité infinitésimale d’informations « de gauche » est en contradiction avec la quantité monumentale suggérée par le monde qui m’entoure au quotidien.

    Cette quantité monumentale, c’est l’individualité, la sécurité, la capitalisation, la défense de la propriété, la conquête, l’appropriation dans tous les sens possibles du terme, la consommation, la production, la survie, la force, etc, ce sont toutes ses valeurs que je partage avec les animaux. Ces valeurs semblent être les valeurs fondamentales de la vie. Les écureuils, les loirs font des provisions pour l’hiver et d’autres animaux font des réserves à l’intérieur de leur corps.

    Dans cette condition où il est difficile de considérer rationnellement le peu de maîtrise que nous pensons avoir sur notre destinée, nous nous raccrochons à nos pensées, à l’imaginaire.

    Toutes les tours, les ponts, les routes que nous construisons, comment les avons-nous voulus ?

    Pour vouloir une route, il faut vouloir un déplacement, ce n’est toujours qu’une pensée : « Ah, si je pouvais aller là-bas ! Oui, mais pour y aller il me faut un pont ». A chaque fois, on peut se poser cette question : «  Mais qu’est-ce qui m’a mis cette pensée dans la tête ? »

    Et évidemment la réponse la plus simple est : « Je suis l’auteur de cette pensée. J’ai imaginé que je pouvais traverser ce précipice et aller de l’autre côté sur cette autre montagne, parce que là-bas, je trouverais quelque chose qui me rendra plus heureux. »

    Mais même cette notion première de quête du « meilleur », ce n’est pas moi qui en suis l’auteur. A chaque fois que nous remontons vers la source, nous nous retrouvons devant une pensée, c’est là que nous découvrons que cette pensée « nous ne l’avons pas réellement conçue ».

    Le voyage dans la pensée nous amène à réaliser que nous ne sommes pas l'auteur de nos pensées, bien que nous ayons l’illusion de l’être à un certain niveau, comme pour des pensées aussi ordinaires que : « Je dois aller chercher le pain pour le petit déjeuner ».

    Même pour celle-là, si je remonte à sa source, je vais me retrouver face à des pensées que je ne me souviens pas avoir conçues. Je ne me souviens même pas qu’elles m’aient habité à un moment donné, elles ont agi à mon insu : d’autres pensées qui génèrent d’autres pensées, etc.

     

    Qu’est-ce qui me suggère que j’ai chaud ? C’est la chaleur, ce n’est pas moi.

    Quand nous touchons à cette réalité que nous ne sommes pas les producteurs de nos pensées, forcément une question apparaît (dont nous ne saurons toujours pas l'auteur) :

    « Mais alors, si je ne construis pas ma pensée à partir de ma propre histoire, si je ne fais que m’approprier cette pensée, à quel point suis-je auteur de mes enfants ? ».

    Tout le système sur lequel je vivais, celui qui me faisait croire que les choses se décident à partir de l’individu, que tout ce qui se passe en dehors de l’individu ne joue qu’un rôle minime, s’effiloche. Ce que je suis, je ne le suis pas en moi ; ce que je suis, c’est tout ce qui est autour de moi qui le fait à chaque seconde. Ainsi pour continuer à vivre, je dois manger, respirer, etc. La relation se pose dans une autre dimension, elle propose un nouveau système. Je ne suis plus dans l’appropriation, je ne suis plus l’auteur, je suis le produit, et quand j’essaie de voir cette production, je suis encore dans le reflet de quelque chose qui se produit en moi.

     


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  • Cette question de la permissivité est vraiment intéressante.

    On fait un constat, celui d’une souffrance chez un enfant, souffrance que l’on perçoit comme un désordre psychologique, et enfin qu’on attribue à un manque d’autorité. C’est systématique cette analyse dans le milieu professionnel qui gravite autour des enfants (parents, enseignants, éducateurs, psychologues, médecins), et chacun se renvoie la balle concernant cette incapacité à donner des limites.

    Jamais, on ne se pose la question de la transmission !

    On ne sait pas ce qu’est transmettre. Non, transmettre, ce n’est pas inculquer des valeurs, les siennes ! Non, transmettre ce n’est pas imposer un modèle ! Ce n’est pas rendre conforme à un plan, à une destinée sociale.

    Quand « celui-là » demande : « Au nom de l’amour que ne faisons-nous pas, ou que croyons-nous faire ? Est-ce qu’au nom de l’amour, il y a peu à faire, ou bien, beaucoup à faire ? », Tout est dit.

    Bien sûr, il n’est pas inutile de se poser la question de la transmission ; pour l’approfondir il faut avoir fait un sacré ménage dans son bagage.

    Et encore la question de la nature de l’enfant, non en tant qu’enfant, mais en tant que personne. Ce sont là, deux domaines inexplorables, inexplorables dans l’état actuel des choses de ce monde que nous faisons.

     


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  • Je reste devant la fenêtre des heures pour contempler ce que la nature veut nous montrer.

    Il y a tant de charme et de beauté qui exercent tant d'attraits par nos sens en notre esprit.

    Et pourtant, pourtant, il ne peut échapper à mon intégrité, que quelque chose de terrible en est la source.

    En amont du sourire, en amont du visage gracieux qui chante comme les sirènes d'Ulysse, une source froide et amère vient éclabousser le bout de mes pieds.

    Une source froide comme une pulsion de mort, amère comme tout ce qui se répète dans toute folie.

    Ce monde est terrible, horrible tel qu'il est, et il crie d'être ce qu'il est, je n'entends qre râles de souffrance derrière le chant du rossignol.

     


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  • Air

    La caresse du vent qui ne demande rien, mais prend ce qui lui est offert sans jamais demander davantage. Il peut être là, sans risquer de s'éparpiller, il fait avec l'autre ce qu'il fait avec l'air, ouvre sa bouche, remplit ses poumons.

    Celui-ci lui est indispensable, mais il ne peut en retirer que ce qu'il peut libérer et jamais il ne peut le rattraper. Il doit le laisser passer, et pourtant que d'intimité, il lui a ouvert la porte et il est entré, a été partout comme chez lui, a échangé de l'oxygène, a emporté du carbone, libre, insaisissable.

    Sans attache, c'est simple que notre attitude soit celle-ci les uns pour les autres, comme celle que nous sommes bien obligés d'avoir envers cette chose subtile qui nous fait vivre.

     


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  • Lorsque la raison n'a pas été tenue au courant des résultats d'un « calcul », elle ignore l'information et la perception reste bloquée dans les couches de l'inconscient.

    Lorsque la raison est tenue au courant, elle se l'attribue à elle en propre, ou prétend que c'est de l'intuition, de la clairvoyance et plein d'autres choses.

    Soit elle dit, « je suis formidable d'avoir compris cela ! », soit elle dit : « je n'y suis pour rien, c'est extraordinaire la perception subtile qui se fait par le fil de « MON intuition ». S'appropriant définitivement le processus de perception et de calcul dont elle ne sait être génératrice.

    Au-delà de ma conscience personnelle et egotique, ça travaille, ça analyse, ça gère, ça invente, ça construit, ça dissèque, etc.

     


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