• Il marchait doucement, regardant de part et d’autre du chemin ce qui devait être des plantes ou des petits animaux. Lorsqu’il leva ses yeux dans ma direction, deux cents mètres à peine nous séparaient. Je lui fis un signe de la main auquel il répondit en faisant basculer son chapeau. Puis je redescendis de mon perchoir pour marcher au devant de lui. Un peu plus loin il y avait des chênes verts, j’ai toujours aimé ces arbres solides et noueux qui ne se découvrent jamais. Ils m’inspiraient une sensation de force et de défi. Quand j’arrivai à quelques pas de lui, je lançai un « bonjour » joyeux. Il  répondit. «  Comment va le jeune ami en ce jour lumineux et venteux ? ».

    Je vais bien, je suis bien content de vous trouver par ici.

    Ah ! Encore des questions qui trottent dans ta tête je suppose…

     


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  • J’allais au gré de mes certitudes

    Autant de phares sur une mer incertaine

    Lorsque les lumières se sont éteintes

    La mer est restée sereine.

     


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  • Regarde ! Il pointait du doigt le sol. Toutes les pierres que tu as  déplacées, la poussière que tu as soulevée. Ce serpent qui a fui sous l’effet de tes gestes brusques et incontrôlés. Les oiseaux au loin qui ont tourné leur tête vers toi. Et plein de choses que nous ne connaîtrons jamais. Chaque geste que nous produisons se répercute sur tout notre environnement à l’infini. Et certainement que chacun de ces gestes est lui-même une répercussion. Un niveau d’attention plus aigu permet de se placer plus justement dans cette chaîne d’évènements. Une qualité d’action qui se base sur une volonté d’économie, sur un meilleur respect de la vie.

    Je n’avais rien à répondre à ces derniers mots, le silence en profita pour s’installer. Les paroles sont comme des feuilles mortes fouettées par le vent. Elles se soulèvent et font la ronde en tourbillonnant. Le vent lui, est comme l’agitation de nos pensées, on ne sait d’où elles viennent ni où elles veulent aller. Lorsque le vent se calme, les feuilles retombent sur le sol, sans jamais retrouver leur place précédente. Au prochain mouvement du souffle elles iront plus loin et s’éparpilleront dans un espace nouveau. Nous nous prenons souvent dans les pièges des mots, toujours sûrs qu’ils savent tisser le pont entre les hommes. Mais aussi souvent on se trouve déçu de voir que le pont était en papier, qu’il a croulé dès les premiers pas. Le silence lui, déçoit rarement ceux qui lui font la place. Le silence de ce moment ne me déçut pas. Il nous  enveloppa comme une couverture. La nature tout autour semblait plus vivante, les plantes et les arbres plus verts, et le mistral passait par-dessous la couverture sans nous déranger. Je savais que je ne comprenais pas intellectuellement la totalité de ce que j’avais entendu, mais je ressentais dans mon corps la trace d’une expérience essentielle. Je compris également qu’il y avait des trésors à découvrir au sein de cette relation. Le soleil déclinait doucement, je n’avais pas envie que cette rencontre touche à sa fin en même temps que le jour.

     


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  • Ceux qui sont les plus riches, me dit-il,  ne possèdent rien. Ils sont riches de n’avoir rien à perdre. Les puissants ont beaucoup à perdre, ça leur fait faire des cauchemars. Celui qui n’a rien à perdre ignore la crainte.

    Ma bouche s’ouvrit comme un œuf. Il venait de stopper l’élan que j’avais pris pour lui développer ma théorie sur « comment cultiver sa force et ne plus avoir peur ».

    N’avoir plus rien à perdre, C’est quoi ça ? Une forme de dépression chronique ? Lui répliquai-je d’un ton ironique. Vous y arrivez, vous, à concilier volonté de vivre et «  n’avoir plus rien à perdre » ?

    Il s’esclaffa en lâchant un geyser d’eau de sa bouche qu’il avait collée au goulot de sa gourde, un mini arc-en-ciel le saisit au vol et s’y allongea l’instant éphémère qu’il fallut au million d’infimes gouttelettes  pour toucher le sol.

    Tu as vu ? dit-il. Cet arc fut pour nous deux, seulement nous deux ! As-tu senti le regret qui a pointé en toi à cause de la brièveté de sa présence ? Un arc-en-ciel c’est attachant n’est-ce pas ? Oh bien-sûr on l’oublie vite ! Mais on nourrit l’envie qu’il dure un peu, juste le temps de lui faire de la place dans notre cœur. C’est étonnant comme on peut s’attendrir devant un simple phénomène, devant le mariage du soleil et de l’eau. As-tu observé chez les animaux de telles réactions ?

    Vous voulez dire une émotion devant la beauté des choses ?

    Oui.

    Je ne sais…. J’ai vu leur curiosité devant des choses inconnues. Mais je ne peux dire s’ils sont touchés ou émerveillés.

    Nous les humains, nous nous émerveillons souvent, mais nous ne gardons pas de souvenirs intenses de ce qui nous a touché, nous sommes plus attachés à nos ressentiments qu’aux phénomènes auxquels ils se rattachent. Nos émotions sont précieuses, nous avons peur de les perdre. Les couchers de soleil, nous savons qu’ils seront toujours là. Nous ne craignons pas pour eux. Les fleurs, nous les cueillons et nous les plongeons dans l’eau pour leur donner un sursis, et puis nous ornons nos tables ou nos buffets. C’est un moyen de prolonger l’impression qu’elles nous procurent. C’est aussi une façon de se les accaparer, privant ceux qui viennent à passer après nous  du spectacle qui s’offrait à eux.

     


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  • Nous étions assis au pied du grand rocher. Quelques années plus tard j’entrepris de le gravir, mais ce jour là ses parois me semblaient invincibles. Un ami le gravit de nuit avec une jeune fille dont j’ai oublié le nom. Une de ces nuits encore où le vent fait crisser la montagne comme les mâts d’un navire. Ils avaient réussi cette folie, mais une chose inimaginable les attendait au sommet. C’était un excellent grimpeur, mais pour concevoir une escalade en duo et sans matériel et qui plus est de nuit, avec une fille qui n’avait jamais pratiqué la varappe, il fallait être porté par une témérité irrationnelle. Je ne sais pas ce qui se passa dans sa tête ce soir là, une envie de sentir le vent pénétrer au plus profond de ses os, de son âme peut-être. Il se plaça au bord du rocher face au sud, le dos offert au mistral, comme par défi. Les bras tendus comme un crucifié. Une forte bourrasque surgit de la nuit noire, l’attrapa dans ses griffes  et le jeta dans le vide, sous les yeux impuissants de sa compagne. Mais le Mistral ne le tua pas. Par chance ou par autre chose, il y avait une espèce de terrasse quelques mètres plus bas. C’est là qu’il fut déposé par le vent, un vrai miracle.  Lui, avait semblé trouver cela normal. Il avait déjà fait l’amour avec la foudre et avait survécu, alors, ce n’est pas un vol de quelques mètres qui allait l’impressionner.

     


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  • Il pivota sur ses pieds en imitant mon geste l’air amusé et cria par deux reprises en riant. « Tout ça ??… Supposons qu’on puisse répondre par oui ou par non, qu’est-ce que ça change au fond ? Hein ? Qu’est-ce que ça change ?».

    Je sortis le petit livre de ma poche en le pointant vers son visage.

    Pour moi ça change beaucoup de choses, cela rend les souffrances plus supportables !

    Cela les rend-t-elles plus supportables de penser qu’elles sont permises par la volonté d’un Dieu ? Personnellement je les trouverais plus injustes ! Je crois que c’est satisfaire un besoin de consolation et non une affaire de simple bon sens. Tu ne cherches pas réellement une réponse en posant cette question, juste une consolation pour tes peines à vivre ou celles d’autrui ! ».

     

    Sa remarque me plongea dans une méditation introspective, je voulais voir au fond de moi, vérifier la justesse de ces mots. Il avait en partie raison. Croire que toutes les choses difficiles qui nous arrivent plongent leurs racines dans une « intention » supérieure apporte un réconfort certain. Nous avons tous besoin de nous sentir bien-aimés. Surtout lorsque ceux qui nous sont proches ne nous offrent pas cet amour. Ou ceux qui ne sont plus là pour le faire. Une buse plongea soudain vers une proie à une vingtaine de pas de l’endroit où nous nous trouvions. Je songeais au petit animal qui venait de rencontrer son dernier instant de vie. Aucune de mes pensées ne semblait échapper à l’attention de cet homme dont j’ignorais encore le nom. Il voyait clair en mon esprit lorsqu’il dit : « Et oui ! C’est cela la vie! Les êtres vivants qui se dévorent, les gros mangent les petits qui mangent des graines. Les plantes nous nourrissent, et de plus gros encore finissent par dévorer les moyens ! L’équilibre d’un monde basé sur la violence, s’il y a un Dieu, c’est ainsi qu’il a voulu son monde n’est-ce pas ? Aurais-tu trouvé la clef de cette énigme ?».

     


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  • « Oui, j’aime bien la solitude, lui répondis-je, et j’adore cet endroit perdu ! ».

     Les endroits perdus sont bons pour trouver son chemin, n’est-ce pas?

    Il s’assit sur une pierre, presque en face de moi et me proposa sa gourde. Je la refusai en le remerciant car je préférais endurer la soif plutôt que de boire à un goulot étranger. Il me rendit ma politesse avec un sourire qui remontait jusqu’aux oreilles. Ce sourire, c’était évident, ressemblait à une moquerie mais je n’en laissai rien paraître. Nous restâmes de longues minutes à nous regarder dans les yeux sans prononcer un mot. Moi, parce que je nourrissais une suspicion à son égard : que pouvait bien vouloir cet homme mûr à un adolescent  qui semblait un peu perdu dans sa tête en un lieu tout aussi perdu ? Et lui visiblement, profitait de ce dialogue muet pour m’explorer plus profondément. Il me fit penser dans cet instant à un médecin détaillant le patient qui entre dans son cabinet. Ses yeux ne cessaient de sauter d’un point à l’autre de mon visage, d’une partie à l’autre de mon corps. Je me souviens d’avoir comparé son regard à celui de ces hommes qui se battent contre le courant des rivières, un tamis entre les mains fixant le fond caillouteux espérant voir surgir de l’eau la pépite d’or tant convoitée. Comme on chasse le papillon exceptionnel, celui qui d’un coup d’aile reposera dans un ordre nouveau toute une vie éparpillée dans les traverses des cités, de ces cités qui nous dérobent nos intimités pour les fondre en une seule, celle du citoyen.

    Le papillon, il le saisit enfin. Je le compris tout de suite lorsque je vis ses yeux rivés sur un petit morceau du livre qui dépassait de la poche de mon gilet. Suffisamment pour qu’on puisse en lire l’intitulé. En ce temps là je trempais jusqu’au cou dans les évangiles. Une femme rencontrée quelques mois plus tôt alors que je m’étais enfui de la maison, m’avait accroché sur le trottoir. Sortant de je ne sais où, elle avait posé sa main sur mon épaule pendant que je contemplais un magnifique écureuil qui se croyait à Luna-park et faisait tourner à toute vitesse la grande roue de sa cage. Je me sentis si proche de lui. J’étais bien comme cet écureuil, aussi prisonnier que lui et j’eus envie de  l’ouvrir cette porte, le libérer m’aurait donné l’illusion de me libérer moi-même.

     


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