• Extrait ... de Rencontre d'une vie

    Manter aimait bien appuyer sur la dualité : esprit/corps. Il le faisait avec des termes aussi variés  que les disciplines auxquelles il s’adonnait pour mettre en évidence les embûches posées par cette dualité. Pour lui, tout gravitait autour de cette question. Si la beauté d’un coucher de soleil nous évoque un sentiment particulier, se trouver dans l’état de voir le spectacle  dans le temps précis où les deux « époux », les deux consciences qui nous habitent, se passent la « bague au doigt », est un million de fois plus beau que le coucher du plus bel astre de l’univers. Il semblait être en permanence à la lisière de l’expérience intérieure. Selon lui, elle  se produit « mille » fois par jour, le phénomène le plus intime est également le plus inconnu. Chaque instant de la vie étant digne de cette expérience, il le traversait avec la même attention, le même respect. Ainsi, il regardait toute chose avec les mêmes yeux. « Tu ne connais le goût de l’orange que si tu la pèles », ces mots, il prenait plaisir à me les répéter chaque fois qu’il le jugeait nécessaire. « Symboliquement, l’image du fruit qui est à peler, représente toute la concentration que requiert chaque action. Une pensée, un mot, un regard, un geste,  tout cela est action ! », Ajoutait-il chaque fois que je me laissais aller à une distraction, ou à un empressement. « Le plus nourrissant des actes ne réside pas dans le fait d’avaler ce fruit. Mais bien dans ce que tu vas lui donner lorsque tu lui retires sa peau, s’il est sur ta table ou dans ton sac à provisions. Et s’il est encore sur l’arbre, le plus nourrissant est dans l’acte de le cueillir ». Lorsque j’entendais ces mots pour la première fois et sans doute encore de nombreuses autres fois, je ne pouvais pas en percer le sens. Je les considérais comme un effet de sa nature mystique ou poétique. Les premiers temps de notre rencontre, Manter m’apparaissait comme un personnage double, un côté de lui exprimait une grande sagesse ou connaissance et l’autre une sorte de petite folie douce. Je ne tardai pas à corriger cette vision des choses tout au long des mois qui suivirent.

     


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